Olympe de Gouges

Comment s'y retrouver lorsqu'on veut retracer l'enfance et la jeunesse d'Olympe de Gouges? Née Marie Gouze(s) à Montauban - ou dans les environs, d'aucuns la disent fille du boucher Pierre et de son épouse Anne Olympe Mouisset, servante. Selon d'autres, à juste raison semble-t-il, elle serait fille naturelle du marquis Jean-Jacques Le Franc de Pompignan, président de la Cour des aides et parrain de sa mère. La rumeur la prétendit même bâtarde de Louis XV. Elle rétablissait finement une certaine vérité en affirmant : "Je ne suis pas fille de roi mais d'une tête couronnée de lauriers". Songeait-elle à ce marquis qu'on dit, là encore avec des appréciations variées, piètre rimailleur ou homme de lettres renommé en son temps ?

Elle porte le nom de son père officiel Pierre Gouze qui la marie - ou la "case" - dès l'âge de seize ans à un officier d'intendance de messire de Gourgues, Louis Aubry (ou Aubrey), de très loin son aîné. De cette union (mariage dont elle dira plus tard qu'il est "le tombeau de la confiance et de l'amour") naîtra un fils, prénommé aussi Pierre, qu'elle adorera sa vie durant et qui la désavouera à la veille de sa condamnation. Il semble que Louis Aubry décéda peu après la naissance de l'enfant et qu'elle fit la rencontre d'un ingénieur des transports militaires, Jacques Biétrix, qui la décida à le suivre à Paris. Selon d'autres versions, elle aurait simplement fui le foyer conjugal sans attendre le veuvage. Est-il alors incongru de penser qu'elle ait eu, fille bâtarde livrée par son père officiel à un vieillard, quelque compte à régler avec l'espèce masculine ? "Qui t'a donné le souverain empire d'opprimer mon sexe ? (...) Bizarre, aveugle, boursouflé de sciences et dégénéré, il (l'homme) veut commander en despote sur un sexe qui a reçu toutes les facultés intellectuelles (...) De Paris au Pérou, du Japon jusqu'à Rome, le plus sot animal, à mon avis, c'est l'homme" (introduction à la Déclaration des Droits de la femme). Elle s'est juré de ne jamais se remarier.

A Paris, elle change son nom en adoptant le deuxième prénom de sa mère et en transformant Gouze (ou Gourgues) en Gouges. Elle fréquente les salons littéraires, y rencontre tout ce que la France compte de beaux esprits, de philosophes et d'écrivains. Elle prend la plume et écrit pièces de théâtre et romans. Sa première œuvre, Zamoza et Mirza ou l'Heureux naufrage, est mise en scène à la Comédie Française en décembre 1789 sous le titre l'Esclavage des Noirs, mais des difficultés en nombre l'empêchent d'y présenter la deuxième, Lucide et Cardenio. Elle continue cependant d'écrire en abondance, sans succès malgré des sujets d'actualité : Mirabeau aux Champs Elysées (1791), les Vivandières ou l'Entrée de Dumouriez à Bruxelles (1792).

Enthousiasmée par la révolution, elle ne peut considérer son accomplissement sans la participation des femmes et le changement de leur statut social. Dès le 6 novembre 1788, le Journal Général de France publie un premier pamphlet d'Olympe de Gouges, la Lettre au peuple, où elle défend le projet d'un impôt volontaire payé par tous les ordres de la Nation.

Au cours du mois suivant, elle publie ses Remarques patriotiques où elle dénonce la vie de cour et les abus de la noblesse et propose une sorte de socialisme d'État dont le concept est fort audacieux et en avance sur son temps. Suivront d'autres publications s'inquiétant en particulier des hésitations des représentants de la nation sur la question du vote par tête ou par ordre. Elle projette un Journal du peuple le 4 juillet 1789, mais n'obtient pas l'autorisation. Lorsque la censure sera levée au mois d'août, elle aura déjà renoncé à ce projet

S'opposant aux extrémismes et aux fanatismes, elle invite le roi et l'Assemblée à finir la constitution, puis, après le renvoi de Necker et la prise de la Bastille, conseille à Louis XVI d'abdiquer pour laisser gouverner un régent, seule façon selon elle d'apaiser les tensions. Ses tentatives d'engager les femmes dans la cause révolutionnaire la déçoivent et elle songe un moment à se réfugier à Londres. Mais ses convictions sont les plus fortes et elle reste pour passer de plus en plus de temps à l'Assemblée dans les rangs des Jacobins. Si, au début, elle se limite à assister aux débats, elle ne résiste pas à l'impérieuse nécessité de monter à la tribune aux côtés des plus célèbres orateurs. Elle présente en particulier son Projet sur la formation d'un tribunal populaire et suprême en matière criminelle et défend les causes les plus diverses comme la création d'un théâtre national, la liberté des esclaves, l'accès des femmes aux charges et emplois, les rues propres et pavées, les hôpitaux de maternité, le divorce, les droits des enfants orphelins et des mères célibataires. Elle est le porte parole de toutes les classes opprimées et méprisées. Olympe réclame tous les droits pour les femmes, refuse finalement l'autoritarisme des Jacobins et des Montagnards (Robespierre et le triumvirat en tête) et révèle ses affinités avec les Girondins.

Si ses contemporains ont pu admettre ses idées féministes, ils lui reprocheront ses prises de position politiques. Ils lui reprocheront la Déclaration des droits de la femme, parodie de l'autre Déclaration, où elle défend les droits des femmes, mariées ou non : droits à la propriété, à la sûreté, à la liberté d'expression, à la résistance à l'oppression, droit à la vie politique pour les citoyennes comme pour les hommes. Surtout ils lui reprocheront d'avoir défendu le roi durant son procès pour soutenir Malesherbes vieillissant et faible avocat du souverain devant la Convention. Révoltée par la Terreur, elle s'en prend violemment à Marat ("avorton de l'humanité") et à Robespierre ("animal amphibie"). Celui-ci l'enverra à l'échafaud le 3 novembre 1793, où elle s'écrie, devant la guillotine : "Enfants de la patrie, vous vengerez ma mort".